International Red Cross and Red Crescent Museum
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Photographie Michael Kenna. Auschwitz, 1998.
© Ministère de la Culture
et de la Communication – France

Photographie
Eric Schwab.
Civil effondré devant le corps d’un détenu carbonisé, Thekla, entre le 18 et le 24 avril 1945. Coll. A.F.P.
Photographie
Français anonyme.
Des rescapés, probablement du camp de Buchenwald, Hôtel Lutétia, Paris,
mai 1945. Coll. A.F.P.
Photographie
Jeffrey A. Wollin.
Miso Vogel
né en 1923.
Courtesy Catherine Edelman Gallery.

MÉMOIRE DES CAMPS

11 septembre - 8 décembre 2002.

Photographies des camps de concentration et d'extermination nazis, 1933-1999

"L'oubli de l'extermination fait partie de l'extermination"
(Jean-Luc Godard)

Des photographies des camps de concentration, nous en avons tous en mémoire. Principalement, les photographies faites lors de la libération. Les plus connues, les plus nombreuses, diffusées massivement mais la plupart du temps sans légende, sans date, sans nom d'auteur. Images chocs, souvent insoutenables, qu'on utilise plus pour montrer et même pour désigner que pour informer. Manifestes avant d'être documents.

Ces images, certaines de ces images car il y en eut des milliers, sont présentes ici. Mais toujours situées dans leur contexte et leur mode de production afin de leur rendre –au-delà de l'émotion- leur poids de documents historiques.

De la même manière sont exposés les clichés pris dans les camps pendant la guerre (pendant leur "exploitation"). Des photographies qui sont de deux sortes, bien différentes. Il y a celles faites par les nazis: portraits signalétiques, images de propagande, photos officielles. A ces images lisses et posées –parfois d'autant plus terrifiantes- s'opposent les clichés, moins nombreux, pris à l'intérieur des camps par les déportés eux-mêmes. Images floues, tremblées, saisies à la sauvette, ce sont sans doute les plus impressionnantes. Elles sont bien plus que des symboles: de vrais documents, réalisés au péril de leur vie et dans l'imminence de la mort, par des hommes qui nous disent l'urgence de remettre d'aplomb ce monde fou qui tournoie et tremble et nous menace encore.

La troisième partie de l'exposition présente des photographies contemporaines. Photographies d'artistes, où l'image -symbolique ou métaphorique- devient aussi mise en garde face à la disparition progressive de la mémoire figée dans la commémoration.

Toute utilisation symbolique et métaphorique est justement ce que cette exposition refuse. L'image a surgi là où le mouvement de la pensée ne semblait plus possible. Mais, après coup? Le choix des images et la précision des légendes qui les accompagne nous aide ici à enfin dépasser l'émotion, nous permet de commencer à penser l'impensable. "A défaut de la vérité –a dit Hannah Arendt au procès d'Auschwitz -, on trouvera cependant des instants de vérité, et ces instants sont tout ce dont nous disposons pour mettre de l'ordre dans ce chaos d'horreur."